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American Death Trip

James Ellroy (Rivages/Thriller)

vendredi 20 avril 2001


Des pédés. Des nègres. Des tueurs. Des traîtres. Des ordures. Et puis Bobby K. Et Moricaud King. Et Dracula Hughes. Et le cynique Hoover. Ellroy écrit comme ça. Ellroy mitraille. Ellroyl’article exécute les adjectifs. Sujet, verbe, complément. Et encore. Pour les phrases les plus longues. Les répétitions s’accumulent. Les répétitions enfoncent le clou. C’est sec. Froid. C’est efficace. C’est épuisant. C’est American Death Trip, le dernier monstre d’Ellroy revisitant l’Histoire de l’Amérique.
Que penser de ces 854 pages (Ellroy tient à la précision) ? Peut-on seulement penser à la lecture de cette épopée sanglante, qui nous trimbale de Dallas à Memphis en passant par Las Vegas, le Vietnam et Cuba ? Un déluge de violence, de haine qui ronge. Aucune bouée à laquelle s’accrocher. La furie emporte tout. Même notre conviction ? Ellroy effectivement impressionne. Comme toujours, chaque pièce du puzzle finit par trouver sa place. Mais le programme cette fois est moins magistral que d’habitude, moins sidérant par exemple que dans L.A Confidential. Peut-être attendons nous trop du bonhomme. Peut-être aussi pousse-t-il trop loin le bouchon. Son précis de décomposition étouffe souvent. On respire mal aux côtés de ses enfoirés de première. On cherche l’air. On le trouve en fait avec ses nouveaux personnages féminins : Jane, Barb, Janice, fracassées par leurs hommes, font une entrée remarquée dans l’univers d’Ellroy. On se régale aussi avec les somptueux dialogues impliquant l’impeccable J. Edgard Hoover. Deux veines à exploiter dans le prochain voyage au bout de l’enfer. Histoire d’éviter de radoter trop longtemps. Avec ce deuxième tome de sa Trilogie USA, Ellroy reste encore largement au dessus du lot. Mais gaffe quand même.