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Lorraine connection

Dominique Manotti (Rivages/Thriller)

vendredi 27 octobre 2006


Il faudrait tout de même ne plus trop tarder à dire que Dominique Manotti est une des toutes meilleures romancières de par chez nous. Sixième livre et sixième réussite, constance déjà des plus remarquables. Mais la Manotti est surtout une des rares à gratter les vilaines plaies de notre société avec des griffes salement aiguisées. Pas d’humanisme bêlant ici ou de discours creux sur le malheur du monde. Mais une dissection au scalpel de certains événements passés ou présents bien réels, sur lesquels elle se penche avec son appétit d’ancienne prof d’histoire économique et de militante syndicale. Cette fois, il s’agit de la vente avortée de Thomson à la société coréenne Daewoo à la fin des années 1990. Manotti ne fictionne pas de main morte. Collusion de la grande industrie et des mafias locales, manipulation à tous les étages, et meurtres adhoc pour dégager le terrain. C’est beaucoup ? Sans doute. Mais le tour de force est de rendre l’ensemble plus que plausible, et sans verser dans la théorie du complot à la mode. Dans le genre, Lorraine Connection et le French Tabloïd d’Oppel forment un tandem sacrément efficace. « J’écris finalement le roman de ce que j’ai renoncé à changer dans la société. Ma part de fiction est une forme de désenchantement. Tout m’échappe, alors au moins je voudrais raconter cela », explique modestement la dame sur l’excellent Blog polar de Bastien Bonnefous (bonnefous.blog.20minutes.fr/). Son style sec et précis - encore plus décharné ici, à force d’aller à l’os, que dans ses précédents récits - sert son affaire à merveille. « Tout est vérité, tout est mensonge », avertit-elle. On est parfaitement convaincu.