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Mourir n’est peut être pas la pire des choses

Pascal Dessaint (Rivages/Thriller)

mardi 25 février 2003


Dessaint est assez énervant. Depuis Du bruit sous le silence, on attend un autre grand roman du bonhomme. A chaque sortie, on achète et on espère. Et patatras. Mourir… confirme certes le potentiel de l’écrivain. Son récit est plutôt joliment construit, avec quatre de ses personnages qui prennent tour à tour la parole, à la première personne. On avance à coup d’interrogations bien dosées. L’écriture, comme d’habitude, reste limpide, sans fanfreluches mais servant bien le propos. Mais quel propos ? Les choses se corsent ici, avec un roman qui cette fois se veut engagé, « et dont la sincérité n’a d’égale que la portée » nous promet la quatrième de couverture. Dessaint s’indigne donc avec ses personnages sur le devenir de la planète et de la bonne dame nature que nous maltraitons sans barguigner. Parfait. Dessaint sincère, on n’en doute pas. Sauf qu’il s’exprime ici par le biais de personnages plutôt mal fagotés, trimballant un mal être auquel on peine à croire, sous nos latitudes comme ailleurs (Dessaint voyage, tant mieux pour lui). Sa bande d’adolescents attardés est une belle brochette de têtes à claques qui porte sur le système (le nôtre) à défaut de le dénoncer. A vouloir faire trop original, Dessaint finit par nous faire rire avec son Bonobo dans son grotesque château de pneus, sa sage Marthe qui plane avec les oiseaux, et sa bonne Suzanne qui aime qu’on l’encule sous l’orage aux Philippines. A ce sujet, peut-être faudrait-il dire à Dessaint qu’on se contrefout de ses tourments sexuels assez confondants (lesbianisme, sodomie, doux mâles fantasmes…), même s’il est très tendance de nos jours de les étaler. Enfin, on se passe aussi facilement de l’apparition des copains (Guérif, le commissaire à la retraite Claude Mousplède de Plaisance-du-Touch…). Mais brisons là. Le lire n’est pas non plus la pire des choses.