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Pars vite et reviens tard

Fred Vargas (Viviane Hamy)

lundi 18 mars 2002


Fred Vargas, finalement, ne raconte que cela : des histoires de famille. Ses intrigues sont ainsi faites de tribus plus ou moins perturbées, avec des rejetons dans tous les coins, grands-parents, parents et progénitures indignes à tous les étages. Traquer l’assassin, dans ces conditions, est un tantinet compliqué. Et très pratique pour ménager des rebondissements sans fin dans les derniers chapitres : si ce n’est lui, c’est donc son frère. Ou sa mamie. Ou sa tante. Ou le premier mari d’icelle. Allez savoir. Ce n’est pas le plus intéressant chez l’auteur. Même si elle fait preuve d’un réel talent pour démarrer son manège par des tours de manivelle alambiqués. Ici la plantation mystérieuse d’un arbre (Debout les morts), là un os humain issu d’une déjection canine (Un peu plus loin sur la droite), ou dans le roman qui nous préoccupe, de curieuses croix peintes sur les portes dans divers quartiers de Paris. Malins points de départ. Mais au-delà, c’est une autre famille qui nous régale chez Vargas. Celle de ses inspecteurs décalés, de sa bande d’éternels étudiants d’histoire que l’on retrouve d’un livre l’autre avec plaisir, de ses seconds rôles haut en couleur. Une belle brochette très à l’aise dans la discussion verveuse et la digression absurde. Le sens du dialogue de Vargas n’est plus à démontrer. Elle excelle ici une fois de plus dans cet exercice. La démonstration s’essouffle un brin sur la fin, mais Vargas, par son style et son enthousiasme communicatif, reste bien au-dessus du lot de ses consoeurs françaises en policièrerie. Reviens tôt, donc.