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FAST Melvin Howard (1914-2003)

jeudi 10 avril 2003


Homme de gauche bien sûr, écrivain engagé évidemment, idéaliste surtout. Et solitaire au final, un tantinet amer et sans illusion sur la difficulté du combat contre l’oppression et l’injustice. Ainsi apparaît Howard Fast à travers la quarantaine de romans qui ponctuent sa longue carrière et racontent en même temps une bonne partie de l’histoire de l’Amérique.
Son inspiration, le bonhomme la tire de son enfance. Plus que difficile. Howard Melvin Fast naît le 11 novembre 1914 à Manhattan, quatrième enfant de Barney, ouvrier immigré d’origine russe (Fastuv est le nom de son village, près de Kiev), et Ida Fast. Très vite, le gamin apprend que la vie n’est pas rose. A l’âge de huit ans, il perd sa mère. A 11, il doit commencer à travailler. Livreur de journaux, comme son frère aîné. Le tandem assure la survie de la famille, car le père ne bosse qu’épisodiquement. L’âge tendre ? Rien du tout. Pauvreté, violence, loi de la rue. Seuls moments pour oublier, les camps d’été à la campagne chez un des frères de Barney. L’oncle n’est guère sympathique, mais le jeune Fast apprend là à s’endurcir et découvre un univers que la plupart des gosses de la ville ignorent. Il prend confiance en lui, se rend compte de l’intérêt de confronter diverses expériences.
L’école, qu’il parvient tout de même à fréquenter, est aussi un havre de paix. Fast se découvre une passion pour l’écriture. Et préfère bientôt la plume à la castagne. Sa première nouvelle, en 1931, annonce son ambition. Elle s’appelle Etre un artiste. En 1932, il part voyager dans le Sud. Aligne les petits boulots. Et écrit toujours. Il vend ainsi sa première nouvelle en 1932 à Amazing stories. L’affaire lui rapporte 25 dollars. De quoi nourrir toute la famille pendant un mois. C’est entendu : Fast sera écrivain. Il obtient une bourse et peut donc se consacrer à sa passion. Il se spécialise alors dans le roman historique, s’appliquant à mettre en valeur d’humbles héros exemplaires. Bonne pioche. Il obtient de réels succès, quand en 1943, il entre au Parti communiste. Du coup, les ennuis commencent. En 1950, il est dans le collimateur du Comité sur les activités antiaméricaines du sénateur McCarthy. On lui demande de lâcher des noms de sympathisant à « la cause ». Il refuse et écope de trois mois de prison. A sa sortie, il est persona non grata chez les éditeurs. Il se débrouille pour publier à compte d’auteur Spartacus (1951), qui allait être adapté sur grand écran en 1960 par Stanley Kubrick (qui récupère alors le projet d’Anthony Mann). En attendant, pour payer ses dettes, il se lance dans le roman policier, avec L’Ange déchu en 1952, sous le pseudonyme de Walter Ericson. Trois ans plus tard, il règle ses comptes avec le FBI dans The Story of Lola Gregg.
En 1956, trois ans après avoir été un des rares américains à obtenir le Prix Staline de la Paix, il quitte le Parti communiste après la publication du rapport Khrouchtchev. Pour autant, Fast ne renie pas son ancien engagement. « Au Parti, je me suis heurté à l’ambition, à la rigidité, à l’étroitesse d’esprit et à la haine ; j’ai aussi rencontré l’amour et le dévouement, le courage et l’intégrité », écrit-il dans Mémoires d’un rouge, sa biographie parue en 1990.
A partir de 1960, Fast se lance sous le pseudonyme d’E.V. Cunningham dans une série de 13 histoires policières dont 12 sont titrées du prénom du personnage féminin principal. En France, il obtient pour Millie (La Poudre aux yeux) le Grand prix de littérature policière en 1973. Les aventures du sergent Masao Masuto, bouddhiste expert en karaté et cultivateur de roses, prennent le relais pour 7 épisodes jusqu’en 1984. Il revient au roman noir en 1989 avec La Confession de Joe Cullen. Autant de romans à redécouvrir d’un auteur relativement oublié aujourd’hui en France.
Howard Fast est mort à 88 ans, à Old Greenwich (Connecticut), le 12 mars 2003.

Ses principaux ouvrages sont : Spartacus, Mirage, Sylvia (L’Enquête), Millie (La Poudre aux yeux), Le Facteur Crésus, La confession de Joe Cullen.