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Les derniers jours d’un homme

Pascal dessaint (Rivages)

lundi 26 avril 2010


Un roman humain. Terriblement humain. En s’attaquant à la liquidation en mars 2003 de la fonderie de Metaleurop Nord à Noyelles-Godault, laissant du jour au lendemain sur le carreau d’un site surpollué 830 salariés, Pascal Dessaint pouvait proposer un roman dénonciateur (capitalisme exploiteur, patrons voyous, etc.), le récit circonstancié d’un drame social sidérant et assez exemplaire. Si une piqûre de rappel n’est jamais superflue, sept ans après les faits, Pascal Dessaint préfère à la chronique économique et sociale (couverte largement par d’autres) une approche décalée. Sa fiction s’attache à une poignée d’habitants de la petite cité contaminée, que l’on suit à travers le regard d’un père, ancien responsable de la sécurité de l’usine reconverti dans l’élagage, et de sa fille quinze ans plus tard, qui tente de renouer le fil de l’histoire. Forme classique mais bien menée. Ce choix de l’intime, au plus près de ces quelques destins périphériques et non au cœur de l’usine, s’avère payant. Car jamais Dessaint ne sombre dans le pathos ou l’indignation facile. Le plus fort dans son roman est cet attachement viscéral des hommes à leur terre et à leur travail. Même si la terre est mortelle, l’air vicié, si le plomb s’immisce dans les organismes. Même si leur boulot à petit feu les torture et les tue. Le travail, s’il brise leur être, reste leur identité, leur valeur phare. Les fondeurs jusqu’au bout s’attache à cette besogne infâme, à leur cité sordide. Les autres aussi. Mourir plutôt que partir. Tout encaisser, mais debout. Pascal Dessaint souligne la folie d’un système qui étouffe et achète toute velléité de révolte, qui surveille, à coup de prises de sang « préventives » le lent empoisonnement des hommes, qui broie les corps et les cœurs. Système fatal, dans tous les sens du terme. Ses personnages, au-delà de ses deux narrateurs, sonnent juste. Le roman est d’une noirceur totale, mais l’humanité qui en sourd aide le lecteur à aller au bout. L’écriture sans fioriture démontre aussi la maîtrise de l’auteur, qui touche comme jamais dans ses romans précédents. Sur un sujet lourd, Dessaint s’impose tout en simplicité. Ce n’était pas gagné. Une « jolie » réussite.