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Hypothermie

Arnaldur Indridason (Métailié Noir)

lundi 15 mars 2010

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Erlendur, acte VI. Quelles nouvelles sous le soleil pâle ? Une avalanche de mélancolie. Traumatisme initial oblige (la perte de son frère), Erlendur ne peut pas se résoudre à laisser les gens disparaître. On retrouve une jeune fille pendue, suicidée ? Peut-être. Mais Erlendur veut savoir. Pourquoi ? Pourquoi mettre fin à ses jours ? Erlendur ne peut accepter sans comprendre. Alors il cherche. Comme le travail au commissariat lui laisse quelque répit, il en profite pour exhumer aussi deux vieux dossiers. De disparitions bien sûr. Deux vieilles enquêtes, sans aucun lien apparent, si ce n’est que du jour au lendemain, une jeune fille et un jeune garçon ne sont pas rentrés chez eux. Et qu’ils se sont évanouis dans la nature sans laisser de traces. Pour les proches, pour lui, il reprend l’enquête. A son rythme. Lentement. Sûrement. Accepter, il ne peut pas. Laisser au temps le soin de recouvrir le souvenir, d’estomper la peine, impossible. Sa fille, Eva Lind, lui parle de son frère perdu : « Laisse le mourir. Tu le mérites autant que lui. Il faut que tu te débarrasses de lui, que tu te libères de ce fantôme ». Mais Erlendur vit au pays des fantômes qui ont l’éternité devant eux. Pas de repos pour l’inspecteur donc. Tant mieux pour nous, lecteur. Ce sixième roman n’est sans doute pas le plus accrocheur. Et pourtant. On suit, en silence, respectueux de la quête du bonhomme. On se laisse piéger, comme lui, par cette impérieuse nécessité qui le pousse à fouiner, à tirer le moindre fil pour retisser une histoire. On avance à ses côtés, un pied devant l’autre, dans le brouillard. Indridason réussit une nouvelle fois une parfaite petite musique hypnotique. A l’image de son titre. Hypothermie. Quand le froid, doucement, enveloppe, engourdit, endort. Vite, un sursaut pour ne pas définitivement s’éteindre. Erlendur parvient toujours à puiser in extremis dans cette énergie désespérée qui lui permet de rebondir. De continuer. Sans doute l’aime-t-on pour cette obstination roide. Dernières phrases du roman : « Il avançait à grand pas, cerné par le silence de la nature qui s’était endormie pour l’hiver. Bientôt, il avait disparu dans la brume glaciale ». Et on marche.