Accueil > Chroniques > Les Falsificateurs

Les Falsificateurs

Antoine Bello (Gallimard)

vendredi 16 mars 2007


Son premier roman fut un ovni dans le genre. Eloge de la pièce manquante, publié par La Noire de Gallimard en 1998, offrait une lecture jubilatoire, une plongée invraisemblable dans l’univers du puzzle que l’imagination du bonhomme triturait en tous sens. On en sortait la mine lumineuse, avec l’envie de vérifier la part du vrai et du faux dans ce récit sidérant. Oui, le puzzle de vitesse existait et oui, Bello par sa fiction repoussait les murs de ce monde pour nous trimballer dans un ailleurs métaphysique jouissif. Pas étonnant qu’il pousse le bouchon dans Les Falsificateurs, et tant mieux s’il fallut attendre presque dix ans que le chef d’entreprise Bello trouve quelque temps libre pour se remettre au roman. Parce que l’imagination de Bello nous embarque une nouvelle fois en nous laissant pantois. Rendre crédible son Consortium de Falsification du Réel, organisation internationale secrète qui prend soin de réécrire l’Histoire on ne sait trop dans quel but, n’était pas mince affaire. Mais Bello réussit pourtant à nous soumettre à l’inconcevable idée. Persuasif, le bougre. Mais comment ce type peut-il inventer des choses pareilles, se montrer si convaincant qu’on finirait presque par ne plus lire la presse sans douter de tout ? Le plus dément dans ce roman tient à la puissance de sa fiction (mais en est-ce ?, s’interroge-t-on, paranoïaque). Bien sûr, il s’agit aussi d’un roman sur l’Histoire, sur la littérature, sur la critique, sur l’information. Bien sûr, il flirte coquinement avec les épuisantes théories du complot et de la manipulation permanente en vogue. Bien sûr, on pourrait analyser tout cela, mais quoi ? Inutile de s’abimer les méninges outre mesure avec Les Falsificateurs. On risquerait de passer à côté d’un bonheur simple : le plaisir d’une histoire d’une inventivité folle, déboussolante, exitante. C’est bien là le tour de force majeur des Falsificateurs, comme précédemment dans l’Eloge de la pièce manquante : un travail d’imaginaire presque sans borne sur une matière pourtant plutôt contraignante. Chapeau Bello.